La paix numéro cinq

Martin Bellemare

 

L’Unité

Eva Bondon

 

 Le sourire

Eva Bondon

 

  Folle de paix !

Elise Hofner

 

Les Têtes et Grands Pieds

Sabine Revillet

 

 Harmonie pilote

Gwendoline Soublin

 

 Semences

Sufo Sufo

 

De l’autre côté du mur

Marie Vaiana

 

 Les cerisiers en fleur

Rebecca Vaissermann

 

  Les fossoyeurs

Merlin Vervaet

 

 

La paix numéro cinq

de Martin Bellemare

CHAPITRE UN — « DIS PAS DE CONNERIES »
Dans un corridor de l’école.
Individualités.
Mouvements.
Allées et venues.
Tipi trébuche absolument seul et répand le contenu de sa pochette de crayons au sol.
Des individualités s’en amusent en continuant leur chemin.
Stash s’arrête.
Tipi se relève.
Stash s’approche.
Tipi ramasse sa pochette. Les crayons sont encore éparpillés au sol.
Stash Je peux t’aider?
Tipi s’immobilise, sous le choc devant cette proposition, sa pochette à la main.
Stash se penche et ramasse quelques crayons.
D’autres élèves s’arrêtent.
Ringo, à Stash Tu fais quoi?
Oumy, à Ringo Il est en train de faire ce que je pense?
Stash relève la tête et interrompt son geste. Laisse tomber les crayons qu’il avait ramassés.
Stash Merde.
Arrivent en trombe La Surveillante et Le Surveillant.
Le Surveillant OK OK c’est bon!
La Surveillante, à Stash Toi tu viens avec moi chez la directrice!
Stash J’ai rien fait!
La Surveillante Oui oui c’est ça...
Le Surveillant Allez tu y vas. Résiste pas.
Stash s’empare de son téléphone qu’il brandit comme une épée qu’il tient à deux mains.
Stash J’irai pas! Vous vous trompez. Tout va bien.
La Surveillante et Le Surveillant n’osent pas avancer, intimidés par la menace. Certains élèves se sauvent. D’autres figent, apeurés.

L’Unité

d'Eva Bondon

 

 

Une salle.
Le Dictateur – Asseyez–vous ! Asseyez–vous ! Asseyez–vous s’il vous plaît, asseyez–vous ! Ne fermez pas les yeux! Ne fermez pas les yeux ! Ne fermez pas les yeux s’il vous plaît, ne fermez pas les yeux ! ! Regardez–nous ! Regardez–nous ! Regardez–nous s’il vous plaît, regardez–nous ! Ecoutez maintenant ! Ecoutez maintenant ! Ecoutez maintenant
s’il vous plaît, écoutez maintenant !
Le Sbire – Le prochain qui bouge, ferme les yeux plus de temps qu’il ne le faut pour cligner des paupières, ne nous regarde pas, n’écoute pas, rit, pleure, parle, commente, c’est un coup de fouet !
Le Dictateur – Nous sommes aujourd’hui réunis pour essayer de trouver une solution ! Trouver une solution ensemble ! Ensemble, se réunir, et trouver une solution!
La Foule – Hourra ! Hourra !
Le Dictateur – Ensemble, ensemble, ensemble, nous allons faire de grandes choses ! Et vous ne le savez pas encore, et le monde ne le sait pas encore, mais aujourd’hui, aujourd’hui, aujourd’hui nous rentrons dans l’histoire ! Ce jour est à marquer au fer rouge !
La Foule – Hourra ! Hourra !
Le Dictateur – Enfin, enfin, enfin après des années de dictature, nous allons faire entendre notre propre voix !
La Foule – Hourra ! Hourra !
Individu Un – Hourra !
Le Dictateur regarde Le Sbire, qui regarde La Foule, qui regarde Individu Un.
Un temps.
Le Sbire – Qui ne s’est pas arrêté à temps ?
Silence.
Le Sbire – Qui ne s’est pas arrêté à temps ?
Silence.
Le Sbire – Très bien alors, coup de fouet pour tout le monde !
Individu Deux , montre Individu Un – C’est lui !
Individu Un – Je – J’ai – C’est – Mais – Non – Non non ! C’est – C’est faux ! C’est lui ! Il montre Individu Trois.

Le sourire

d'Eva Bondon

Une salle.
Le Réceptionniste – Au suivant !
Individu Un – Cinq minutes.
Le Réceptionniste – Vingt euros. Cabine quatre.
Individu Un donne l’argent à Le Réceptionniste et se dirige vers cabine quatre.
Le Réceptionniste – Au suivant !
Individu Deux – Cinq minutes.
Le Réceptionniste – Vingt euros.
Individu Deux – Vingt euros ? La semaine dernière c’était dix–huit.
Le Réceptionniste – Cette semaine c’est vingt. L’inflation.
Individu Deux – J’ai prévu juste le compte...
Le Réceptionniste – Ah.
Un court temps.
Le Réceptionniste – Il faut laisser la place maintenant. Revenez quand vous avez vingt euros, ou prenez trois minutes.
Individu Deux – Trois minutes alors.
Le Réceptionniste – Cabine trois.
Individu Deux donne l’argent à Le Réceptionniste et se dirige vers cabine trois.
Le Réceptionniste – Au suivant !
Individu Trois – Bonjour, dix minutes s’il vous plaît.
Le Réceptionniste – Qu’est–ce que vous avez dit ?
Individu Trois – Dix minutes s’il vous plaît.
Le Réceptionniste – Vous n’êtes pas de chez nous, vous.
Individu Trois – Euh...non...je viens d’ailleurs...on m’a dit que c’était ici pour les sourires...je me suis trompé ?
Le Réceptionniste – C’est bien là. C’est les mots que vous utilisez, ils viennent pas de chez nous. Avant, oui, mais ça fait un moment qu’on dit plus tout ça. Faites attention c’est mal vu. Ça fait tâche, les gens n’aiment pas. Dans certains endroit, c’est interdit. On marchande pas, on attendrit pas. Je dis ça – essayez d’être moins – il chuchote – aimable. Quarante euros.
Individu Trois – Pardon ?
Le Réceptionniste – Quarante euros.


Folle de paix !

d'Elise Hofner

Dans un hôpital psychiatrique. Un poste de radio est posé sur une table.
La radio : Mesdames et messieurs, flash spécial, la guerre est déclarée !
Un personnage entre en courant et se dirige vers la radio, il écoute.
La radio : Nous répétons, la guerre est déclarée !
– Les gars, venez !
– Quoi ? (hors plateau)
– Qu’est ce qu’il y a ? (hors plateau)
– Qu’est ce que tu dis ? (hors plateau)
– Moi ? (hors plateau)
– Mais non (hors plateau)
– Venez je vous dis !
– Hein ? (hors plateau)
– Qui me parle ? (hors plateau)
– Non mais venez plutôt que de me laisser gueuler comme une poule qu’on égorge !
– Tu veux qu’on vienne ? (hors plateau)
– Non non j’adore gueuler sans qu’on me comprenne, restez où vous êtes
Un personnage entre
– Vraiment ?
– Mais non. Je gueule je gueule, vous faites « hein ? » « hein ? », on avance pas là ! Venez c’est urgent
– Venez c’est urgent !
Tous les autres personnages arrivent
– Prenez votre temps surtout !
– Pardon, on n’avait pas compris
– Oui bah ça j’avais compris
– Qu’est ce qu’il y a ?
– CHUT !
Ils se regroupent autour de la radio
La radio : La guerre est declarée, la guerre est de retour mesdames et messieurs
– Merde
– Merde
– Grave

Les Têtes et Grands Pieds

de Sabine Revillet

Les enfants font du sport. On entend au loin des combats, des bombes, coups de feux.
Farah. — C’est le jour du sport. Vendredi. Quinze heures.
Mathias. — On fait le tour du gymnase plusieurs fois.
Tim. — Je coure tu coures nous courons.
Lorene. — Reprise de respiration.
Tim. — Transpiration.
Farah. — Un vrai marathon.
Appoline. — On enlève les pulls, gilets, écharpes, bonnets. Le tout jeté en pagaille par terre.
Farah. — Qu’est-ce qu’il fait chaud quand on court.
Course.
Tim. — Et puis quand c’est fini. Tiens, ton bonnet.
Appoline. — Toi ton écharpe.
Farah. — Toi gilet.
Lorene. — Pull.
Appoline. — Gilet.
Mathias. — Echarpe.
Tim. — Blouson.
Farah. — Pull.
Mathias. — Bizarre.
Chacun se regarde en chiens de faïence.
Appoline. — Oui moi aussi j’éprouve une drôle de chose. Et toi ?
Tim. — Je tu nous oulala ... pareil !
Mathias. — Aussi.
Appoline. — Pas mieux.
Farah. — Moi rien. Ah si ! Comme vous ! Zut.
Appoline. — Qu’est-ce que ?
Tim. — La sensation de ?
Mathias. — Oui c’est ça ! Un truc qui dérange. Toi ?
Lorene. — Non.

Harmonie pilote

de Gwendoline Soublin

1. Bienvenu-e-s à Harmonie
– Bienvenu-e-s à tous ! Et merci de vous être déplacé-e-s jusqu’à nous.
– Le lieu que vous allez découvrir est un lieu exceptionnel.
– Un lieu unique.
– Si exceptionnel que peu de gens ont eu l’occasion de pouvoir y pénétrer.
– Votre présence ici est due en partie à votre patrimoine génétique extraordinaire. Mais pas seulement.
– Votre ouverture d’esprit et vos qualités humanistes sont également aussi exceptionnelles que l’est notre ville excep-
tionnelle.
– Comme vous le savez, Harmonie est une ville expérimentale. Une ville-pilote.
– Une cité née de l’imagination et des recherches des scientifiques les plus brillants. Projet auquel ont également participé les esprits les plus innovants. Les êtres les plus généreux.
– Des maîtres-zen.
– Des pédagogues géniaux.
– La cousine de Gandhi.
– L’association Human Rights.
– Des arbitres de foot exemplaires.
– Des repris de justice pratiquant la méditation.
– Des juges non corrompus.
– Harmonie n’est pas une ville comme les autres. Ici nous testons la possibilité d’une nouvelle organisation du monde.
– Pourquoi ?
– Parce qu’il le faut.
– Un jour, il y a eu une guerre.
– Une guerre terrible. Vous le savez.
– Elle a fait des millions de morts.
– Des milliards.
– Alors une communauté de gens brillants s’est réunie et s’est interrogée.
– Etait-il possible de concevoir une ville dont les règles seraient fondées sur une paix sacrée ?


Semences

de Sufo Sufo

Le grand-père : Comment de tels arbres ont pu proliférer ici ?
Alma : C’est moi qui les ai plantées.
Le grand-père : Toi ?
Alma : Lors de mon voyage, un monsieur semait de jolies graines, de belles semences. Je lui ai dit que j’en voudrais aussi pour les semer dans mon pays.
Le grand-père : Comment était-il ?
Alma : Le père de mon ami, celui dont je te parlais.
Le grand-père : Lequel ? Tu en avais plusieurs.
Alma : Celui qui m’a promis qu’il fera de moi une princesse, au temps de la moisson.
Le grand-père : Au temps de la moisson ?
Alma : Au temps de la moisson
Le grand-père : Pourquoi ne m’avais-tu pas parlé de ce détail ?
Alma : Pourquoi ?
Le grand-père : C’est le langage du Semeur. Tu as rencontré le Semeur, et tu as flirté avec son fils.
Alma : Le Semeur ?
Le grand-père : Le Semeur !
Alma : Je connais bien le Semeur, ce n’était pas lui.
Le grand-père : Tu ne connais que son image publique.
Alma : Pourquoi son fils ne m’a-t-il rien dit ?
Le grand-père : Je ne sais pas. Je ne sais pas jusqu’où tu es allé avec ce garçon.
Alma : Dans ce cas sont des arbres de paix que j’ai plantée !
Le grand-père : Des mauvais !
Alma : Des mauvais ?
Le grand-père : De très mauvais!
Alma : On dit pourtant qu’il est Semeur parce qu’il sème la paix. Il ne sème jamais que la paix !
Le grand-père : Quand il t’as vu, il a comprit qu’avec la position que tu occupe ici, ses semences se développeront vite. C’est comme ça qu’il procède toujours... Regarde.

De l’autre côté du mur

de Marie Vaiana

Le projet d’assainissement
Une jeune fille frappe à la porte d’entrée d’une maison. Une femme ouvre.
La Babysitter. Bonjour.
La femme exemplaire. Bonjour.
La Babysitter. (Un temps.) Je pensais que j’étais au 47 rue des camélias.
La femme exemplaire. Vous êtes au 47.
La Babysitter. Mais vous n’êtes pas Madame R ?
La femme exemplaire. Non. (Un temps.) Madame R n’habite plus ici.
La Babysitter. Elle m’a pourtant donné rendez-vous hier au 47 rue des camélias.
La femme exemplaire. Ce n’est plus chez elle ici.
L’homme exemplaire. Que se passe-t-il, chérie ?
La femme exemplaire. Cette jeune femme cherche Madame R.
La Babysitter. Oui, je devais les rencontrer, c’est à propos de l’annonce.
L’homme exemplaire. Quelle annonce ?
La Babysitter. L’annonce qu’elle avait postée il y a dix jours dans le journal. Nous nous sommes vues hier dans un café et elle m’a dit de passer aujourd’hui à cette adresse pour rencontrer l’enfant.
Un enfant pleure dans la maison.
La femme exemplaire. L’enfant est toujours là. Nous l’avons gardé. Elle n’a pas pu l’emmener avec elle.
La Babysitter. L’emmener où ? Où est-elle partie ?
L’homme exemplaire. Elle a dû évacuer.
La femme exemplaire. Vous savez, depuis le grand projet, cela peut aller très vite. Le moindre faux pas et vous êtes fiché, puis surveillé, puis du jour au lendemain c’est fini.
L’homme exemplaire. Ils passent à l’aube, ramassent les personnes suspectes et les emmènent.
La Babysitter. Où ?
La femme exemplaire. Je ne sais pas.
L’homme exemplaire. On parle d’un mur.

Les cerisiers en fleur

de Rebecca Vaissermann

I

Grand-mère : Tu veux bien me faire un cadeau ?
Sam : Bien sûr mamie, qu’est-ce qui te ferait plaisir ?
Grand-mère : Il ne te coûtera pas d’argent. Seulement quelques efforts.
Sam : Dis-moi ?
Grand-mère : Cultive l’espoir.
II
– Grand-mère est partie de Valence, en Espagne
– Dans une petite barque
– Elle s’en souvient à peine
– Toute la famille dans une barque
– Ils n’avaient emporté qu’une valise en carton
– Ses parents ont ramé, ramé
– Jusqu’à la terre
– On leur avait dit que là-bas tout était possible
– Alors ils sont partis
– Sans hésiter
– Vers un monde nouveau
– Où tout était à construire
– Dans un pays qui s’appelle
– L’Algérie.
III
Louise : Nous avons un invité à la maison.
Aude : Il est là depuis quelques jours.
Antoine : Papa et maman ont dit qu’il était chez lui.
Vincent : Et ils lui ont donné une chambre.
Louise : Ils ont dit que c’était la moindre des choses.
Aude : Et comme on a de la place...
Antoine : Ils ont dit que pour eux c’était normal.
Vincent : Qu’ils avaient connu ça eux aussi.
Aude : Quand ils sont arrivés, ils étaient contents qu’on leur tende la main.


Les fossoyeurs

de Merlin Vervaet

Des enfants, un peu crasseux, en habit de travail, rentrent sur le plateau. Ils portent chacun un sac à dos et ont dans leur main une pelle, un seau, une brosse ou une pioche. Ils parlent entre eux, font du bruit.
A-tes-souhaits : Oh, pardon.
Chef : Mince.
Paix : C’est beau ici !
Sympa : Heu, bonjour.
Atlantide : Bonjour à vous.
Bavard : Salut.
A-tes-souhaits : Excusez-nous de vous déranger, on pensait qu’il n’y avait plus personne.
Bavard : Comme le spectacle était fini, on s’est dit...
Chef : Rentrons.
Syndic : On est peut-être un peu en avance?
A-tes-souhaits : Désolé.
Chacun va déposer son sac à dos à un endroit sur le plateau, puis retourne au centre pour parler au public.
Bavard : Vous nous connaissez sûrement, on est les fossoyeurs, les fossoyeurs des mots.
Archéologue : C’est pour ça que nous sommes un peu sales, un peu crasseux.
Atlantide : La terre colle sur nos visages.
A-tes-souhaits : On ne doit pas être très présentable.
Sympa : On n’avait pas prévu de vous voir. Sinon, on se serait bien habillé, on aurait mis une chemise au moins.
Chef : Pour la salir juste après ? C’est ridicule, on ne vient pas pour tailler la bavette.
Bavard : On vous l’a déjà dit, nous sommes des fossoyeurs.
Champion : C’est pour ça que nous puons et que nous avons de la boue sur tout le corps.
Archéologue : A force de retourner la terre.
Bavard : Vous avez sûrement déjà entendu parler de nous, vous devez nous connaître. Non ?
Syndic : Je ne pense pas qu’ils sachent qui on est.
Bavard : Vraiment ? Vous ne connaissez pas Les fossoyeurs des mots ?
Atlantide : C’est le malheur de notre siècle.


10 SUR 10 Tome 4 : 10 pièces de théâtre contemporaines sur la paix dans le monde

10 auteurs, 10 textes, 10 pages, 10 personnages : la formule de 10 SUR 10 reste la même, son but aussi : proposer des pièces de théâtre courtes, actuelles, écrites par des auteurs reconnus venus de tout l'espace francophone aux jeunes apprenant le français comme à leurs professeurs. Une idée qui a germé il y a maintenant 3 ans et qui, devant le succès de la formule, perdure... Et s'élargit puisque cette année 2017 voit sortir deux volumes : le premier regroupant les textes issus de la résidence d'auteurs de Zabrze, le second, commandé à ces mêmes auteurs, illustrant le thème de la paix. 

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