Bahut

de Elise Boch

 

La ligne droite

de Martin Bellemare

 

 Dix-sept secondes

d'Eva Bondon

 

Merde!

d'Elise Hofner

 

Amicide

de Sabine Revillet

 

Une poule sur un mur

de Gwendoline Soublin

 

Ceux qui voulaient arrêter le temps

de Sufo Sufo

 

L’Habitude

de Marie Vaiana

 

 Je me souviens

de Rebecca Vaissermann

 

Fais Briller la Poussière (en Suspension)

de Merlin Vervaet

Bahut

de Elise Boch

C’est la nuit. Tous dorment. Ellen se lève doucement. Sans faire de bruit, elle extrait quelque chose d’un sac et l’éclaire à la lueur d’un téléphone portable. C’est un test de grossesse qui ressemble beaucoup à un thermomètre.

Mike : Tu fais quoi ?

Silence, Ellen ne bouge pas. La lumière du téléphone s’éteint.

Mike : Ellen ?

Toujours rien.

Mike : T’arrive pas à dormir ?

Ellen : Chut

MIKE sort de son couchage et s’approche, en voyant l’objet : C’est quoi ?

Ellen : Je sais pas

Mike : Tu ne sais pas ?

Ellen : Non

MIKE prend l’objet : C’est à toi ?

Ellen : Non

Mike : Non ?

Ellen : Non, je l’ai trouvé là

Neven, à voix-haute, dans son rêve : La couleur. C’est radioactif ce truc. Pas des œufs qui mettent dedans, c’est des boules de soufre

Jobi : Pfffff

Neven : Y en a plein là-dessous

Lu de son matelas : Qu’est-ce que vous faites?

Mike : Dors.

Lu : Allez, dites-moi, qu’est-ce que vous foutez ?

Mike : Rien. Elle a mal a la tête. Dors.

MIKE et Ellen retournent se coucher. Koski entre avec une lampe torche. Koski éclaire toute la pièce. Tous les élèves changent de position dans leurs lits. Koski sort.

La ligne droite

de Martin Bellemare

NUMÉRO UN, au public, autant de fois qu’il le faut pour qu’il réponde oui Vous êtes prêts? Vous êtes prêtes? Vous êtes prêts? Vous êtes prêtes? Vous êtes prêts?

Quand le public a répondu oui assez massivement :

NUMÉRO UN Bon. D’accord. (Au numéro deux.) Tu es prêt?

NUMÉRO DEUX Oui. (Au numéro trois.) Tu es prête?

NUMÉRO TROIS Oui. (Au numéro quatre.) Tu es prêt?

NUMÉRO QUATRE Ah moi on ne me tutoie pas! On me vouvoie!

NUMÉRO TROIS au numéro quatre. Vous êtes prêt?

NUMÉRO QUATRE Je suis prêt oui. (Au numéro cinq.) Vous êtes prête?

NUMÉRO CINQ Ah moi on ne me vouvoie pas! On me tutoie!

NUMÉRO QUANTRE Tu es prête?

NUMÉRO CINQ Je le suis. (Au numéro six.) Tu es prêt?

NUMÉRO SIX Bah oui. (Au numéro sept.) Et toi t’es prête?

NUMÉRO SEPT Prête à quoi au juste? NUMÉRO SIX Ah ça je sais pas.

NUMÉRO SEPT Bon, pourquoi pas? Oui je suis prête. (Au numéro huit.) Toi t’es prêt? NUMÉRO HUIT Je pense que oui, je suis prêt, (au numéro sept.) et toi?

NUMÉRO SEPT Je viens de le dire que je suis prête.

NUMÉRO HUIT Oh pardon. (Au numéro neuf.) Et toi t’es prête?

NUMÉRO NEUF Quoi?

NUMÉRO HUIT Je t’ai demandé si t’étais prête.

NUMÉRO NEUF Ben… oui. Je pensais à… Désolée. Oui je suis prête. (Au numéro dix.) Et toi t’es prête?

NUMÉRO DIX Je suis toujours prête. (Au public. Autant de fois qu’il le faut pour qu’il réponde oui.) Et vous, vous êtes prêts? Vous êtes prêtes?

Dix-sept secondes

d'Eva Bondon

Sur scène, Anya joue avec l’Ami. Il y a une luge, mais la luge peut aussi être remplacée par autre chose comme un pneu ou un cerceau. Le texte peut donc être modifié en fonction du choix du jouet. Anya vient juste de faire la connaissance de l’Ami mais ils semblent vraiment s’amuser. Le frère peut être visible sur scène, à cour, à jardin ou même au lointain. On peut aussi n’entendre que sa voix.  
Le Frère appelant – Annnnnyyyyyyaaaaaa !! Un temps. Annnnnnyyyyyyyaaaaaa !! Un temps. Annnnnnyyyyaaaaaaaa !! On mange! Anya – Encore un peu !

Le Frère – Annnnyyyyyaaaaa!! Un temps. Annyyyyaaaa!! Un temps. Annnnyyyaaaaa !! On mange !

Anya – J’arrive ! 

Le Frère – Quoi ? 

Anya – J’arrive !

Le Frère – Annnyyyyy

Anya criant – J’arrive ! A son ami C’est mon frère. Il a quinze ans. Il est sourd comme un pot. Un court temps. Je dois y aller, tu seras toujours là demain ?

L’Ami – Je serais là.

Anya – Tu prends ta luge cette fois, on fera la course.

Silence.

Anya – Tu n’as pas de luge ?

Silence.

L’Ami – Non.

Anya – Alors je t’apporterai celle de mon frère, il est devenu grand il ne peut plus en faire  avec moi. Elle sera à toi.

L’Ami – Comme un cadeau ?

Anya riant – Comme un cadeau.

L’Ami – Tu ne me connais même pas.

Anya – J’apprendrais ! 

Le Frère appelant – Aaaaannnnyyyyyaaaa !!!


Merde!

d'Elise Hofner

 

 

Metteur en scène : Bref, ce soir chère équipe c’est la première et très modestement j’aimerais vous dire qu’on est un peu là pour changer le monde

Acteur A : Comment ça ?

Metteur en scène : Comment ça

« comment ça » ?

Acteur A : Je croyais qu’on était là pour faire du théâtre

Acteur B : Bah moi aussi

Actrice C : Je ne comprends plus rien

Actrice D : On ne devait pas jouer ce soir ? Metteur en scène : Mais qui vous a dit le contraire espèce de débiles ?

Actrice D : Bah vous ! Vous avez dit « changer le monde », pas « faire du théâtre » Metteur en scène : Non mais c’est une métaphore

Tous : Ah...

Un temps

Eclairagiste : Une quoi ?

Metteur en scène (à son assistant, affligé) : Aidez-moi vous

L’assistant : Faire du théâtre, de l’art, tout ça, c’est un peu comme essayer de changer le monde

Tous : Ah...

Acteur B : J’avais pas compris ça comme ça moi

Metteur en scène : Ça ne m’étonne pas de vous, voyez

L’assistant : Et comme ce soir vous jouez, ce soir vous allez donc un peu changer le monde

Figurant 1: Classe !

Figurant 2 : Grave !

Eclairagiste : On est Super Man en gros ! Metteur en scène : Oui enfin ne nous emballons pas

L’assistant : Oui vous allez plutôt ESSAYER de changer le monde

Figurant 1 : Ah, car changer et essayer de faire changer c’est pas pareil ?

Amicide

de Sabine Revillet

Noémie. J’ai pas dormi de la nuit. Une nuit blanche avec les yeux ouverts.  Aujourd’hui c’est décidé, je ne retourne pas au collège.  Voix de la mère. Allez debout Noémie! Noémie. Non je veux rester au lit. 

Voix de la mère. Allez !

Noémie. Non, je préfère rester dans mes rêves. 

Voix de la mère. Debout!

Noémie. Vite, tartine dans une main, jus d’orange dans l’autre, chaussettes dépareillées, manteau à moitié enfilé, courir mais.  Je veux pas y aller.  J’ai qu’une envie, disparaître.

Noémie arrive au Collège

Lucas, le cicatrisé. La tête que t’as!

Annette, la chef. Moi, si j’avais une tête comme ça, je resterai chez moi.

Louise. Je m’enfermerai à double tour.

Julie. Oui et même j’ajouterai des serrures. Annette, la chef. Je me cacherai sous un drap.

Victor, le très frisé. Je deviendrai un fantôme.

Lucas, le cicatrisé. J’avalerai de l’eau de Javel. 

Victor, le très frisé. Je m’étoufferai avec un oreiller.

Léa, la petite. Ou avec une boule de neige. Annette, la chef. J’arrêterai de respirer. Lucas, le cicatrisé. Je chuterai dans l’escalier. Léa, la petite. Je m’effacerai avec une gomme.

Victor, le très frisé. Je fuguerai, je reviendrai jamais. J’écrirai même pas une lettre pour dire que je pars.

Noemie fuit. Le groupe s’auto-congratule. Louise. Tu m’as fais peur. Bien joué!

Julie. Très impressionnant ton froncement de sourcils.

Victor, le très frisé. Toi aussi t’étais bien.

Une poule sur un mur

de Gwendoline Soublin

Un mur est là. Haut. Et des gosses, entre 10 et 15 ans, sont devant. Dos à nous, ils forment un petit cercle serré et parlent doucement.

– J’ai trouvé ça dans le magasin. Au bout. Tu sais. Chez Abdallah.

– T’as de l’argent, frère ? Veinard. Il a des thunes, lui.

– C’est du rouge. Regardez, c’est du rouge. C’est marqué « RED », là.

– Non, pas dans le magasin. Devant. Je l’ai trouvée. Par terre.

– Par terre ?

– Oui, sur le trottoir. Près des poubelles. En face du garage à motos.

– C’est bizarre par terre, non ?

– On fait quoi avec ça, frère ?

– Quelqu’un l’aura perdue. Ou bien oubliée. Elle marche au moins ?

– Je crois.

Bruit de pschiiiiiiit.

– Ça marche.

– Frère, qu’est-ce qu’on fait avec ça ?

– Tu te répètes. Il se répète. Arrête de te répéter.

– Arrête de parler si fort. Faut pas qu’ils nous entendent. Sinon...

– On pourrait... On pourrait, je sais pas moi, on pourrait...

– Frère, c’est une bombe. Ce machin-là, y’a pas quarante-cinq façons de s’en servir. Tu la prends. Tu appuies. Ça pschiiiiiiit et tu écris avec. Ou tu dessines avec, tiens. Un soleil ou je sais pas quoi, un soleil avec des rayons. Ce que tu aimes.

– Taisez-vous !

– Si tu permets, frère, je vois au moins deux bonnes façons de m’en servir. 1/ Taguer mon beau visage, 2/ Taguer ta tête de cochon.

– Frère, tu cherches des histoires.

– Allez quoi, il plaisante. Il rigole ! Râle pas, frère.


Ceux qui voulaient arrêter le temps

de Sufo Sufo

 

 

Le grand frère: Alors?

Le petit frère: Alors quoi?

Le grand frère: Qu’il parle!

Le petit frère: Tu m’as dit qu’il était dans une cage, plus dans le piège.

Le grand frère: Je pensais le mettre dans une cage, mais après réflexion, je me suis dit : « C’est mieux d’en finir avec lui tout de suite ». Mes envies montent de plus en plus fort.

Le petit frère: Monstre!

Le grand frère: Alors il parle?

Le petit frère: Dégage-le du piège, tu l’étrangles. (Il le dégage)

L’oiseau: Ouf!

Le petit frère: Désolé

L’oiseau: C’est rien.

Le grand frère: Ce n’est pas vrai!

L’oiseau: Quoi?

Le petit frère: Tu es un oiseau.

L’oiseau: Je suis un oiseau.

Le grand frère: Tu ne peux pas parler. L’oiseau: Je parle.

Le grand frère: Comment est-ce possible? L’oiseau: Demande-le à ton frère.

Le petit frère: Il a appris notre langue.

Le grand frère: Où?

L’oiseau: A l’école.

Le grand frère: Quelle école?

Le petit frère: Mon école.

Le grand frère: Vous vous connaissiez alors?

L’oiseau: Hier, on s’est croisé.

Le petit frère: Le temps d’une tasse.

L’oiseau : De quelques miettes.

L’Habitude

de Marie Vaiana

 

 

Un dimanche matin, place de l’Eglise. 9h30 Enzo, Denis et Jacques sont assis sur un banc. La femme immobile est assise à leurs côtés, imperturbable. L’étranger arrive et veut s’asseoir.

Denis. S’il vous plaît, vous  ne pouvez pas vous asseoir, la place est prise.

L’étranger. C’est un banc public ?

Enzo. Oui.

L’étranger. Il appartient à tous ?

Jacques. Oui.

L’étranger. Vous permettez ?

Denis. Cette place est prise.

L’étranger. Je ne vois personne à l’horizon. Enzo. Peut-être.

L’étranger. Je ne comprends pas.

Jacques. Peut-être.

Denis. Vous savez, la messe va bientôt se terminer. Et bientôt ils seront tous là. Ils viennent nourrir les pigeons après la messe de 9 heures. C’est une habitude.

L’étranger. Et ici ?

Enzo. C’est réservé.

L’étranger. Et là ?

Jacques. Aussi.

Denis. Désolés, nous sommes une petite bourgade et nous n’aimons pas les étrangers.

L’étranger. Un étranger est un étranger tant qu’il n’est pas connu.

Enzo. Peut-être.

L’étranger. Laissez-moi m’asseoir, je gagne à être connu. Je pourrais vous épater, vous et vos amis.

Jacques. Qui parle d’amitié, la plupart sont des ennemis.

L’étranger s’assied. 9h40

Je me souviens

de Rebecca Vaissermann

– Après les cours Babacar rentre à la maison – Il ne va pas jouer avec les autres

– Quand il arrive il dit à sa mère qu’il a bien travaillé à l’école aujourd’hui

– Alors elle lui sourit

– Et lui donne son goûter

– Elle lui dit d’aller jouer avec son petit frère – Quand il sort de la cuisine, elle pleure un peu.
Journaliste : Est-ce que vous vous sentez encore en sécurité dans votre propre maison ?

Père : Non.

Mère : On a dû installer une clôture !

Père : On n’ose même plus laisser les enfants sortir seuls.

Mère : On sait qu’ils rôdent la nuit. Journaliste : Ils rôdent près de chez vous ? Ils essayent de rentrer chez vous ?

Père : Ils sont déjà entrés chez nous.

Mère : Vous vous rendez compte !

Père : C’est pour ça que j’ai mis des barbelés.

Mère : Ils laissent des détritus partout.

Père : L’autre nuit, ils sont entrés dans le jardin.

Mère : Ils sont sales, si sales !

Journaliste : Est-ce qu’ils vous ont volé quelque chose ?

Mère : Oui !

Père : Oui !

Journaliste : Quoi ?

Père : Des fleurs ! Ils ont volé nos fleurs pour décorer leur jungle.


Fais Briller la Poussière (en Suspension)

de Merlin Vervaet

 

 

Mr le Directeur : Oskar ?

Oskar : Oui ?

Mr le Directeur : Oskar, retourne au boulot. Oskar : Non.

Mr le Directeur : Oskar !

– Vous ne comprenez pas.

– Il n’est pas fait pour ce boulot.

– Il s’est trompé.

Oskar :  J’aimerais juste partir maintenant. Mr le Directeur : C’est impossible Oskar, tu as signé ton contrat ce matin.

– Oui mais il ne savait pas encore ce que ça voulait dire « travailler dans une mine » !

– C’est de la faute de son père.

– Son père lui a menti.

– Lui a raconté des carabistouilles, comme on dit dans certaines contrées sauvages. Oskar : Mon père m’a menti, il m’a dépeint tellement de belles histoires sur la mine.

– Il lui a rapporté :

– Qu’on y fait de la spéléo.

– Que c’est comme une randonnée entre potes.
– Un voyage sur un bateau pirate.

Oskar : Et moi, j’ai toujours aimé les histoires de pirates.

– Que là-bas, tous ensemble, nous formons une famille.

– La plus grande des familles.

– Que le travail n’est pas fatiguant, grâce aux machines

Oskar : Mais quand je suis descendu ce matin, quand pour la première fois j’ai pris l’ascenseur et suis arrivé dans les entrailles de la terre.

– Pas de famille pour l’accueillir.

– Juste des ordres aboyés par un chef de section.

Le chef de section : Toi, le nouveau, tu vas pousser les chariots. Et vite, vite !!!

– Vite, vite !!!

Oskar : J’ai couru partout.

– Vite, vite !!!

Oskar : J’ai couru encore plus vite

– Vite, vite !!!

– Vite, vite !!!


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