La pièce écossaise

d'Isabelle Hubert

 

Le pacte de réalité

de Véronika Mabardi

 

Les croque-monsieur

de Laurent Van Wetter

 

La grande aventure

de Michel Bellier

 

Barbus au sommet d'une montagne

de Martin Bellemare

 

Pas peur du loup

de Paul Emond

 

Lucille désormais

de Stanislas Cotton

 

Rituel

de Thierry Simon

 

 

La pièce écossaise

d'Isabelle Hubert

"- Mais c'est quoi son nom?

- On peut pas le dire!

- Tu es pâle! Ça va?

- On dirait que je me sens mal.

- Mais, pour vrai, y a un roi en Écosse?

- Avant, crétin. Avant y avait des rois.

- Incroyable!

- C'est une pièce de l'ancien temps.

- Et c'est quoi la pièce au juste?

- C'est Macbeth!

(Coup de tonnerre. Temps.)

- Malheureux!

- Chut!

- Tais-toi!

- Quoi?

- Qu'est-ce que j'ai dit?

- T'as dit le mot!

- Le mot?

- Le mot maudit!

- Quoi?

- Chut!

- Lequel?

- Macbeth!

(Coup de tonnerre.)

- Encore!

- Malédiction!

- Abruti!

- On te dit de pas dire son nom et toi, tu redis son nom!

- Je comprends rien.

- Désolé. J'ai pas fait exprès.

- Tourne trois fois sur toi!

- Quoi?

- Vite, tourne trois fois sur toi.

- Toi aussi.

- Pour conjurer le mauvais sort.

Y faut que tu tournes trois fois sur toi, que tu craches par-dessus ton épaule, que tu frappes à la porte...

- Quelle porte?

- Moi aussi?

- Toi aussi.

- Quelle porte?

- Non, non, non. il doit sortir avant.

- Où?

- De la pièce, Du local, De l'espace.

- En coulisses?

- Non, non. Il doit sortir du théâtre.

- lui aussi?

- Oui, lui aussi!

- Du théâtre?

- Moi, je sors pas dehors. T'as vu le temps qu'il fait?

- Non, non, non. La pièce, c'est OK. Tu tournes sur toi-même, tu craches tu cognes et tu demande la permission d'entrer, c'est tout.

- C'est tout? C'est débile!

- C'est pas débile! c'est vrai.

- Dans la pièce, Shakespeare a mis des incantations de sorcières qu'il a volées dans un grimoire...

- Les sorcières se sont vexées et on jeté un sort éternel sur cette pièce.

- Houhouhouhou...

- Arrête!

- Quelle connerie!

- Je vais peut-être y aller, moi!

- Si tu pars, je viens avec toi.

- C'est pas des conneries!

- Personne sort.

- En tout cas, moi, je sors pas dehors.

- C'est des conneries, des inepties...

- Vous avez quel âge pour croire encore aux sorcières?

- On n'est pas dans un conte de fées!

- Est-ce que vraiment vous croyez  que le simple fait de dire Macbeth.

(Coup de tonnerre. Temps.)

- Encore!"

Le pacte de réalité

de Véronika Mabardi

"Basile s'assied face à son ordinateur, met ses écouteurs et se reconnecte aux autres.
Basile : J'en ai assez des ordinateurs. Si on arrêtait tout ? On se débranche, pour une semaine. 

Félix : Tu es fou ? Je viens de réussir le niveau trois de Zelda. Je l'ai presque, la princesse !
Sissi : Plus de Facebook, plus de tchat ? 
Basile : Plus rien. La vie et c'est tout. 
Marcel : Et si je veux te parler ?
Basile : Tu mets ton manteau et tu marches.
Marcel : Je ne sais pas où est ta maison !
Basile : Je te donnerai mon adresse.
Marcel : Et comment je trouve ta rue, sans Google ?
Rita : Tu demandes.
Sissi : A des inconnus ?
Basile : Tu vas rencontrer quelqu'un !
Rita : Quelqu'un qui va changer ta vie, imagine !
Anna : Ou aider quelqu'un.
Sissi : Ou te faire voler ton téléphone.
Basile : C'est ce que je veux dire ! Il va nous arriver des choses. 
Rita : Il a raison. Des choses gaies, tristes, effrayantes, bizarres… des choses vraies. Dans la réalité.
Sissi : Moi, la réalité, j'aime pas, ça me fait peur. 
Marcel : Qu'est-ce qu'on va faire, si on arrête de jouer ?
Rita : On ira au parc !
Basile : On jouera au foot !
Anna : On fera une cabane.
Félix : On n'a plus cinq ans !
Anna : Ton temple, c'est pas une cabane, peut-être ?
Marcel : Tu veux qu'on se passe de vidéos, de musique ?
Rita : Tu n'as qu'à chanter !
Sissi : Bonne idée ! On postera sa chanson sur youtube.
Basile : Mais non, patate ! On sera débranché !
Sissi : Impossible. Je n'aurai plus de vie !Ils regardent leurs écrans sans rien dire. Réfléchissent.
Basile : Moi, je veux qu'il m'arrive quelque chose qui rapporte plus que des points de vie.

Rita : Et moi, je veux vous voir, quand vous racontez des blagues.
Anna : Etre ensemble. Pas seulement sur skype."

 

Les croque-monsieur

de Laurent Van Wetter

"...: Vous l'avez compris, on a des choses à vous dire.

...: Des choses qui vous amuseront moins qu'une chanson.

...: Vous allez sans doute mal le prendre.

...: Mais tant pis. On n'en peut plus.

...: Ça fait trop longtemps qu'on vous écoute en silence.

...: Maintenant, c'est à notre tour de parler.

B: On vit en démocratie, non?

...: Et la démocratie, ce n'est pas uniquement à l'extérieur que ça doit fonctionner.

...: C'est aussi valable ici.

...: C'est aussi valable pour nous.

Un temps.

...: J'en vois déjà qui sourient... Qui se disent:

...: "Trop longtemps, à leur âge... Ah, ah, ah!"

...: "Et la démocratie, qu'est-ce qu'ils y connaissent? Qu'ont-ils fait pour la mériter?"

...: "Que savent-ils de nos combats pour l'obtenir?"

...: "Des sacrifices que nous avons dû faire pour que, eux, ils puissent en profiter?"

...: "Ils ne savent rien, ces petits imbéciles."

...: "Ils ne connaissent pas la vie, ils sentent encore le lait de leur mère."

B : "Ils sont à peine sortis des couilles de leur père!"

Un temps. les autres regardent B

B : Qu'est-ce qu'il y a?

.. : on avait dit: pas d'insultes.

B : Mais "couilles", ce n'est pas une insulte...

.. : d'accord. Sauf que "couille de notre père"...Ça ne sert à rien de les choquer.

B : Mais si on veut être libres...

.. : Alors on doit leur montrer qu'on la mérite, cette liberté. Tu comprends?

B : Heu... Oui.

.. : Bien. Maintenant, va t'excuser.

B : Quoi, auprès d'eux?

.. : Oui

.. : Tu veux qu'on vote?

B : Non ça va...

Un temps, B se tourne vers le public.

B: Je m'excuse. "


Barbus au sommet d'une montagne

de Martin Bellemare

"Au sommet d'une montagne. Deux barbus sont assis sur une pierre.

LE BARBU FILS On est des bergers, père

LE BARBU PÈRE Oui, on est des bergers, fils.

LE BARBU FILS Ça ne nous concerne pas.

LE BARBU PÈRE On est des bergers, mais on est barbus. On est des bergers barbus.

LE BARBU FILS On est des bergers barbus mais ça ne nous concerne pas.

LE MOUTON HILARE Bêêê

LE BARBU PÈRE Tais-toi le mouton, on réfléchit.

L'ÂNE COOL Qu'est ce qui passe, yo?

L'ÂNE CHAUVE Des bombes ont explosé.

L'ÂNE COOL Explosé où, yo?

L'ÂNE CHAUVE Dans la capitale.

L'ÂNE COOL Et puis, yo?

L'ÂNE CHAUVE Et puis les gens qui décident de tout pensent que ce sont des barbus qui ont fait le coup. Ils veulent faire la barbe aux coupables.

L'ÂNE COOL, désignant le barbu père et le barbu fils Pas ceux-là quand même, yo?

LE MOUTON DÉBILE Un barbu c'est un barbu.

L'ÂNE COOL On t'as causé le mouton?"

La grande aventure

de Michel Bellier

"- Adieu papa, adieu maman

- Ne cherchez pas à me retenir

- Ne cherchez pas à me revoir

- Je reviendrai un jour

- Peut-être

- Pas sûr

- Célèbre et adulé

- Auréolé de mille péripéties que j'aurai connues

- Riche d'épreuves surmontées comme autant de pièces d'or

- Ne faites pas cette tête-là

- Comment ça? Quelle tête font-ils?

- Moi, je suis parti sans leur dire au revoir, alors la tête qu'ils peuvent faire...

- Moi, j'ai juste laissé un mot sur l'oreiller

- Et, par la fenêtre, les draps noués qui pendent vers la liberté

- Moi, je ne suis même pas rentré

- Juste un SMS que je n'ai pas envoyé

- Moi, il faudra quand même que je leur poste une lettre si je pense à l'écrire

- Sur le chemin du retour, je me suis mis à courir, à courir sans ralentir sans m'arrêter devant la maison, direction l'horizon

- Je n'ai rien pris, pas une valise, rien

- Je pars faire ma vie, faire la route, faire l'avenir

- Je pars vers Laventure !"

Pas peur du loup

de Paul Emond

- Allez, on s'assied un moment.

- On s'assied et surtout on fait le point.

- On s'assied et surtout on se repose.

-Est-ce que quelqu'un peut dire où nous sommes?

-Oui. Nous sommes perdus au milieu des bois.

-Comme le petit Poucet.

-Quand je pense que personne n'a été fichu d'emporter une carte!

- Oh! C'est bon! Tu n'avais qu'à la prendre, toi!

-Le petit Poucet n'avait pas de carte mais, au moins, il avait semé des petits cailloux.

- Arrête ton humour à la noix.

- Ce n'était qu'un constat de l'état profond de notre débilité.

- C'est ça, c'est ça.

- Je constate, pour ma part, que l'atmosphère est particulièrement détendue. Bravo, je crie bravo.

- Vous voulez entendre quelque chose d'amusant?

- Ça promet.

- La nuit passée, figurez-vous que j'ai rêvé que j'étais perdue. Et justement dans une forêt.


Lucille désormais

de Stanislas Cotton

Dans un théâtre abandonné où le rideau pend lamentablement...

NEIGE: Non mais c'est quoi cette histoire On se gèle ici

STELLA: Moi J'ai oublié de mettre mes grosses chaussettes

NINA: C'est quoi ce machin

VLADIMIR: C'est ce foutu théâtre Miss

NINA: C'est abandonné C'est vieux Et ça pue

VLADIMIR: C'est que Lucien a écrit Au théâtre abandonné

IRENE: Que ça pue

AMELIE: C'est vraiment n'importe quoi ce rendez-vous

BORIS: N'importe quoi

SIMON: Moi Je me demande vraiment s'il n'ya pas

Amélie se moque de Simon:

AMELIE: Oh Moi Je me demande Gnagnagna

NINA: Je suis certaine qu'il lui manque une case à Lucien Une belle grande case

NEIGE: Oh Lucien Où tu es On est là

IRENE: Ça pue dans ce trou Lucien

STELLA: Mais pourquoi Je n'ai pas mis mes chaussures

NINA: Sans le plafond effondré Il ferait noir comme

PIPPO: Bouh

NINA: Mais arrête Imbécile

PIPPO: Il ferait noir comme dans l'estomac d'un congolais

AMELIE: Ne commence pas avec tes histoires

PIPPO: Mes histoires

NEIGE: Tu n'es pas drôle quand tu parles des

PIPPO: Mais je suis jaloux qu'ils soient tous super bronzés Moi

Rituel

de Thierry Simon

Un groupe de dix adolecents entrent. Ils semblent avoir beaucoup des difficultés à voir. Ils progressent avec précaution. Ils se répartissent en laissant un grand espace central.

- Trace le Grand Cercle

L'un d'eux trace un grand cercle au centre du plateau

- Entre

L'une d'eux entre dans le cercle

- Es-tu prête?

-Oui

-Tourne!

-Tourne!

-Tourne!

-Tourne!

-Tourne!

-Tourne!

-Tourne!

-Arrête!

-Qu'est-ce que tu vois?

-Je vois loin, très loin

Bien au delà des plaines de Silésie

Je vois

Les montagnes abrutes de l'Oural

Les forêts sombres à leurs bases

Plus haut

Les roches nues

Et au sommet

Dans le soleil du Levant

Je vois Lucasz

Il me sourit

Ses grands yeux bleus qui me regardent

Woaw

Comme il est beau

Mais son visage s'efface à présent, son visage disparait et

-Sors! Sors! Sors! Sors! Sors! Sors! Sors!


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